CO N°1364 (31 janvier 2026) – Guadeloupe – Criminalité : symptômes d’une société violente

Lors du défilé de carnaval du 4 janvier, la fête a été endeuillée par un nouveau meurtre, un tragique rappel que la violence est presque quotidienne dans l’archipel.

En 2025, la Guadeloupe a connu une hausse marquée des homicides, avec 49 décès par meurtre et une nette progression des   tentatives d’homicide par rapport à 2024. Les vols à main   armée et les violences sexuelles sont également en nette augmentation.

Ces chiffres placent la Guadeloupe parmi les territoires français les plus touchés par les crimes de sang, au 2ᵉ rang national, derrière la Guyane, et au 3ᵉ rang pour les vols à main armée et les violences sexuelles.

La banalisation des armes à feu, estimées à environ 40 000 dans l’île, alimente cette spirale meurtrière. La plupart des homicides sont liés à des règlements de comptes ou à des trafics, notamment celui de la drogue. Cette violence est intolérable. Rien ne peut excuser ces actes. Mais ignorer les causes sociales profondes serait passer à côté de l’essentiel.

La violence et le crime ne tombent pas du ciel. Ils prospèrent d’abord là où la misère est profonde, où les jeunes n’ont ni perspective d’emploi, ni accès à une éducation et à une santé dignes. Là où la pauvreté, le chômage, le sentiment d’abandon social et l’absence de services publics efficaces créent un terreau fertile pour les trafics et les frustrations.

Ceux qui gouvernent expliquent qu’il faut condamner la violence du quotidien. Mais ce sont ces mêmes dirigeants qui, ailleurs, préparent et mènent des guerres, envoient des travailleurs mourir sous l’uniforme, bombardent des pays entiers au nom d’intérêts économiques et stratégiques.

Cette violence là n’est pas le fruit de la misère. Elle est réfléchie, organisée, financée à coups de milliards. Elle est présentée comme nécessaire, légitime, inévitable. Et ce sont toujours les populations, les travailleurs, les gens ordinaires qui en paient le prix, jamais ceux qui la décident.

Dans une société où les dirigeants règlent leurs problèmes par la force, où la violence est un instrument politique assumé, il n’est pas surprenant que la violence imprègne toute la société. On ne peut pas condamner la violence en bas tout en la glorifiant ou la justifiant en haut.

Quand des dirigeants investissent dans des opérations policières sans s’attaquer aux causes sociales profondes, ils entretiennent un cycle de violence qui finit toujours par se retourner contre les plus faibles.

Pour que la Guadeloupe sorte de cette spirale, il faudra mieux que des renforts policiers. Il faudra des politiques sociales ambitieuses, du travail pour tous, une vraie réinsertion pour les jeunes, des salaires dignes, une vraie lutte contre ce système d’exploitation et inégalitaire.