CO N°1380 (7 novembre 2026) – Il y a 70 ans – L’expédition militaire pour le canal de Suez

Le 31 octobre 1956, la France et la Grande-Bretagne, les deux plus vieilles puissances coloniales européennes, se lançaient dans une expédition militaire contre l’Égypte. C’était une riposte à la nationalisation du canal de Suez trois mois plus tôt par le président égyptien, le colonel Gamal Abdel Nasser.

D’énormes intérêts économiques étaient en jeu autour de ce canal qui se situe sur le territoire égyptien. Par lui transite une bonne partie du trafic maritime entre l’Asie et l’Europe. Il était jusque-là contrôlé conjointement par la France et la Grande-Bretagne.

Les prémices

L’Égypte était une semi-colonie britannique de 1882 à 1914. À partir de 1914, le statut du pays évolua vers une forme d’indépendance avec des gouvernements égyptiens à la botte de l’impérialisme anglais. Les colons anglais vivaient dans des quartiers aisés avec tout le confort tandis que la majorité de la population égyptienne vivait dans la pauvreté et le dénuement.

Le canal de Suez était un symbole de la domination anglaise, gardé militairement par les Anglais et dont les droits de passage et les retombées financières revenaient principalement aux impérialistes anglais et français.

En 1952, un coup d’État militaire renversa le régime monarchique égyptien. Les « Officiers libres », menés par Nasser, prirent le pouvoir.
Nasser se voulait l’un des meneurs des pays du Tiers Monde dits « non-alignés » (Chine, Inde…), c’est-à-dire neutres par rapport aux deux blocs opposés pendant la guerre froide : les États-Unis et ses alliés occidentaux d’un côté et l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) et ses alliés de l’autre.

Sauf que Nasser comme tous les autres « non-alignés » savait manœuvrer pour ses intérêts. Après avoir essuyé le refus de plusieurs pays occidentaux de lui livrer du matériel militaire, Nasser se tourna vers l’URSS pour en obtenir. Il se fit dès lors des ennemis dans le bloc occidental. Il fut traité de dictateur et des financements pour des travaux sur le haut barrage d’Assouan, devant permettre en outre l’électrification du pays, lui furent refusés.

En réaction, Nasser proclama la nationalisation du Canal de Suez le 26 juillet 1956.

La nationalisation, un symbole

Nasser déclara que lorsque le canal fut acquis à l’Egypte, « le dernier verrou du dernier empire était tombé ». La nationalisation valut à Nasser une popularité immense parmi le peuple égyptien et dans le monde arabe en général.

Mais derrière les grandes déclarations, pour ne pas fâcher les grandes puissances occidentales, le gouvernement égyptien organisa l’indemnisation des porteurs d’actions de la Compagnie de Suez.

Il n’empêche que cette nationalisation était une véritable gifle au visage des vieilles puissances coloniales anglaise et française qui décidèrent la riposte.

La riposte impérialiste

Le Premier ministre britannique déclara aussitôt : « Nous ne pouvons pas accepter cet acte de pillage ». En France, Guy Mollet, président du conseil, socialiste, exigea une « riposte énergique et sévère contre l’apprenti dictateur ». La presse européenne se mit à comparer Nasser à un « nouvel Hitler ».

L’État d’Israël, qui n’avait pas dix ans d’existence, allait servir de prétexte pour l’intervention. D’un commun accord avec les Anglais et les Français, Israël attaqua l’Égypte le 31 octobre 1956. C’était le signal pour l’intervention militaire anglaise et française à partir du 1er novembre pour soi-disant séparer les belligérants et garantir la liberté de navigation sur le canal. Les corps expéditionnaires français et anglais commencèrent à bombarder les grandes villes égyptiennes avant de lâcher leurs parachutistes sur Port-Saïd.

Finalement, cette attaque coûta la vie à environ un millier d’Égyptiens principalement des civils.

Le veto des États-Unis

Ce sont les États-Unis qui mirent le holà à cette intervention militaire.

Ils obligèrent Français, Anglais et Israéliens à se retirer.

Le cessez-le-feu prit effet dans la nuit de 6 au 7 novembre. Cet ultimatum américain permit aux États-Unis de se positionner comme le véritable maître du monde impérialiste face aux deux vieilles puissances coloniales.

Dorénavant ce serait eux qui feraient la loi au Proche-Orient et dans le monde.

Le nationaliste Nasser, après avoir flirté avec l’URSS, se rapprocha des États-Unis. Les gouvernements égyptiens lui ayant succédé furent des alliés de plus en plus complaisants des puissances occidentales.

Après cet épisode, le canal de Suez est resté nationalisé. Mais l’économie de la région est toujours étouffée par l’impérialisme américain et ses trusts. Israël, armé par les pays occidentaux, fait la pluie et le beau temps dans la région.

Le nationalisme est une impasse pour les peuples. Le combat pour se libérer du joug impérialiste et de ses bourgeois locaux ne pourra être qu’international.