CO N°1378 (10 octobre 2026) – « C’était ça ou mourir » de Thelyson Orélien : un livre à lire !

Ce roman d’un jeune auteur canadien d’origine haïtienne a suscité beaucoup de commentaires dans la presse. Après avoir obtenu plusieurs prix littéraires, il a été pressenti comme favori pour le prestigieux prix Goncourt. C’est alors qu’un chroniqueur du journal de droite Le Figaro a accusé l’auteur d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour la rédaction du roman.

Curieusement, c’est le seul ouvrage de la rentrée littéraire qu’il semble avoir fait analyser pour traquer les traces d’IA. Le fait que l’auteur soit noir, Haïtien d’origine, qu’il ait gagné le Canada après que sa maison eut été détruite par le tremblement de terre de 2010, donc lui-même immigré, n’y est probablement pas étranger !

Quoi qu’il en soit, C’était ça ou mourir est un livre bouleversant. Il retrace le chemin parcouru par un jeune homme, Jonas Dorléon, professeur d’histoire et géographie, qui fuit son pays Haïti après la destruction de son quartier de Carrefour-Feuille par la violence des gangs.

Et ce chemin est une véritable descente aux enfers. Il lui faut d’abord gagner au péril de sa vie la République Dominicaine, où il connaît la misère, la faim, le risque permanent d’être arrêté et refoulé. Puis il parvient par la ruse à intégrer un vol pour le Brésil. De là, il parcourt des milliers de kilomètres, parfois en transport en commun, souvent à pied. Il traverse le Brésil, la Colombie, l’Amérique Centrale et le Mexique.

Il croise de nombreux autres migrants arrivés de différents pays du monde, depuis l’Asie jusqu’aux Caraïbes, l’Amérique Latine. C’est une internationale de la misère avec des moments de fraternité et de solidarité qui leur permettent de tenir bon malgré leurs conditions ignobles.

L’indifférence n’est jamais présente, même quand il faut avancer coûte que coûte.

Jonas dut plusieurs fois changer de nom, renoncer à son identité. Il doit affronter l’inhumanité d’une bureaucratie glaçante pour laquelle il n’est qu’un numéro. Finalement, après avoir traversé les États-Unis, il parvient au Canada où il est demandeur d’asile.

La polémique suscitée par les accusations d’utilisation de l’IA a entrainé le retrait du roman de la liste des prix littéraires, mais elle a fait exploser les ventes en librairie. À juste titre, car le récit plonge le lecteur au cœur d’une tragédie collective qui est le sort de centaines de milliers d’êtres humains. La société capitaliste qui autorise, justifie, et repose sur de telles atrocités doit être renversée !