Le 14 octobre dernier, le collectif NLP (Nou Las Palé, Assez parler) a bloqué toutes les entrées de la zone industrielle et commerciale de Jarry, à Baie-Mahault. Des barrages sont érigés quotidiennement à Sainte-Rose, Sainte-Anne, Capesterre-Belle-Eau, sur la Basse-Terre. Des heurts avec les gendarmes ont lieu sporadiquement. Le week-end du 17 octobre, des pillards ont profité de cette situation pour mettre à sac de nombreux magasins à Pointe-à-Pitre.
Le NLP perturbe la circulation et annonce des actions de blocage plus importantes.
En Guadeloupe, le préfet refuse de reconnaitre le NLP et rejette ses demandes de discussion. Ce qui conduit le NLP à exiger son départ.
Le collectif NLP est constitué d’environ 16 organisations, regroupant des représentants des petites entreprises, d’artisans, de marins-pêcheurs, d’agriculteurs, d’un grand patron du BTP et des militants associatifs. Depuis le mois dernier, ils dénoncent les difficultés des entreprises. Sur les douze derniers mois, on a recensé 543 défaillances d’entreprises. Ce sont des entreprises qui n’arrivent plus à payer leurs dettes, surtout dans le commerce et dans le BTP.
Le NLP dénonce aussi la hausse des prix du carburant, les coupures d’eau, la vie chère. Et sur ces points il rencontre la sympathie d’une partie de la population.
Il est lié aussi au RPPRAC (Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens), l’organisation dirigée par
Rodrigue Petitot, basée en Martinique qui proteste depuis plusieurs années contre la vie chère. NLP et RPPRAC entendent mener des actions conjointes dans les deux îles.
Au sein du NLP, il faut différencier les petits patrons des gros. Les petits patrons sont ceux qui sont le plus en difficulté. Tandis que d’autres sont bien mieux lotis comme José Gaddarkhan, président de la Fédération Régionale du Bâtiment et des Travaux Publics Guadeloupe.
Souvent les plus grands patrons, se servent des problèmes des artisans, des très petites entreprises pour faire valoir leurs propres exigences. En fin de compte, les intérêts des petits sont souvent lésés au profit des plus gros.
Un certain nombre de travailleurs et de membres de la population pauvre soutiennent ce collectif car les raisons d’être en colère ne manquent pas : hausse des prix, manque d’eau, salaires bloqués. Mais il ne faut pas se laisser tromper.
Les travailleurs, les petits patrons et les plus pauvres doivent s’organiser pour défendre leurs propres intérêts indépendamment de ceux du grand patronat. Déjà les dirigeants des assemblées locales réclament des moratoires sur les dettes fiscales et sociales des patrons. Mais rien pour les travailleurs.
Les travailleurs des entreprises qui souffrent des bas salaires, des licenciements, de la dictature patronale ne se font pas entendre, eux, pour l’instant. Or, il n’y a pas de solution réelle pour eux en dehors de leur lutte farouche dans leurs entreprises. C’est vers la grève générale consciente que se situe la voie permettant de fortes hausses de salaire pour contrer la hausse des prix, le règlement définitif et immédiat des coupures d’eau, l’embauche massive dans les entreprises. Ce ne sont pas les blocages de routes, pillages et incendies qui y parviendront, même s’ils expriment la colère, le ras-le-bol d’une partie de la population.
La classe des travailleurs des entreprises doit se manifester pour défendre ses propres intérêts en toute indépendance.