CO N°1379 (24 octobre 2026) – Il y a 70 ans – La révolution hongroise

Le 23 octobre 1956, après des années de dictature stalinienne et de répression brutale, l’insurrection éclate à Budapest. Partie des universités, rapidement armée, la population se soulève. Dans tout le pays, les insurgés forment des conseils ouvriers, de véritables soviets, qui prennent en main la direction de la société, jusqu’à ce que les forces soviétiques écrasent le mouvement dans le sang.

En Hongrie, le régime stalinien de Mátyás Rákosi fait régner la terreur. La moindre grève expose les meneurs à la peine de mort. Mais la mort de Staline puis le XXe congrès du Parti communiste d’URSS (Union des Républiques socialistes soviétiques), où Khrouchtchev dévoile les crimes de Staline, créent une brèche.

Les courants d’opposition se développent. Les exigences de démocratie et de retrait des troupes armées russes s’élèvent. Pour calmer le jeu, Moscou remplace Rákosi par le dirigeant réformateur Imre Nagy. Mais dès 1955, les concessions de Nagy sont jugées trop dangereuses par la direction soviétique qui l’écarte et met au pouvoir Ernó Geró, un stalinien bien aligné sur les ordres de Moscou.

Le début de l’insurrection

L’opposition parmi les intellectuels se renforce, notamment au sein du cercle Petófi, un club étudiant de réflexion fondé parmi les Jeunesses communistes hongroises. Dans le même temps, la Pologne s’embrase et renverse son gouvernement. L’étincelle gagne la Hongrie.

Le 22 octobre 1956, des assemblées générales se tiennent dans presque toutes les facultés. Le 23, les étudiants manifestent à Budapest en soutien au peuple polonais. Ils sont rapidement rejoints par des dizaines de milliers de travailleurs. Les contestataires exigeaient principalement la liberté d’expression et le départ de l’armée soviétique.

La police secrète (l’AVH) ouvre le feu sur les manifestants. L’escalade est immédiate mais les manifestants fraternisent avec les soldats et policiers venus les réprimer, qui leur cèdent leurs armes. Les manifestants deviennent des insurgés. Pris de court, le pouvoir rappelle en urgence Imre Nagy pour former un nouveau gouvernement. Mais la révolution est lancée, alors même que les premiers blindés soviétiques entrent dans Budapest dès le 24 octobre.

Le pouvoir aux conseils ouvriers !

L’insurrection s’étend à tout le pays et la grève générale devient totale. Partout, dans des centaines et des centaines d’usines et dans les quartiers, naissent des comités révolutionnaires, des conseils ouvriers. Ces derniers chassent l’AVH, organisent le ravitaillement et prennent directement en charge la gestion des usines. Ils représentent de véritables organes de pouvoir ouvrier qui émergent à l’échelle de villes industrielles entières. Le 31 octobre, l’URSS feint de céder et annonce le retrait de ses troupes.

La répression sauvage à partir du 4 novembre

Ce retrait n’était qu’un leurre pour mieux préparer la répression. Moscou regroupe des forces colossales. Le 4 novembre au matin, l’armée soviétique lance son opération : 200 000 soldats et plus de 2 000 chars arrivent à Budapest et sur les grands centres industriels.

L’artillerie lourde et l’aviation pilonnent sans sommation les quartiers populaires, les grandes usines et les bastions insurgés. À Budapest, des combats de rue acharnés opposent des travailleurs et des jeunes souvent armés de simples cocktails Molotov face aux blindés russes. La résistance est héroïque mais iné-gale. Les conseils ouvriers poursuivent la lutte par des grèves générales jusqu’en décembre, mais la répression est impitoyable : exécutions, arrestations massives et déportations.

On dénombre plus de 2 500 morts chez les insurgés hongrois, des dizaines de milliers de blessés. Imre Nagy, arrêté par surprise, sera pendu quelques mois plus tard. L’ordre stalinien est rétabli par la répression.

La voie de l’avenir pour l’ensemble de la société humaine

L’expérience de 1956 aura révélé encore une fois la forme toute trouvée du pouvoir ouvrier : celle des conseils ouvriers capables d’organiser et de diriger directement la société.

C’est cette voie-là, celle de la révolution russe d’octobre 1917, qui permettra aujourd’hui, dans un monde capitaliste en crise profonde, aux travailleurs et aux classes pauvres de contester le pouvoir de la bourgeoisie capitaliste et de diriger la société pour en finir avec l’exploitation, les guerres, la misère et les crises du système capitaliste.