CO N°1365 (14 février 2026) – Février 1974 : grèves ouvrières et violence coloniale en Martinique

En février 1974, la Martinique connut l’un des plus grands mouvements de grève de son histoire contemporaine. Elle a été marqué par l’assassinat de deux ouvriers agricoles par les forces de répression de l’État colonial français.

Un système d’exploitation encore marqué par l’esclavage

Dans les années 1960 et 1970, les plantations de banane ont remplacé la majorité des terres en canne, les usines sucrières ayant fermé. Ces plantations sont restées depuis entre les mains des békés, descendants directs des esclavagistes. Les ouvriers agricoles y subissaient l’exposition quotidienne aux pesticides, l’embauche à la journée, des salaires inférieurs au minimum légal et un statut discriminatoire via le SMAG (Salaire minimum agricole garanti). L’inflation aggrava encore une situation déjà insupportable.

Face à cette exploitation, la colère monta dans toute la classe ouvrière, à la campagne comme en ville.

La grève générale et la réponse armée de l’État

La grève éclata en janvier 1974 dans les plantations de banane après un licenciement arbitraire. Rapidement, des comités de grève furent mis en place sur certaines habitations, avec l’apparition des militants contestant les directions syndicales. La « grève marchante » permit l’extension du mouvement. Cette tactique consistait à marcher d’une plantation à une autre pour aller chercher d’autres travailleurs et former un cortège de plus en plus massif. Depuis la fin de l’esclavage elle a toujours été utilisée et ceci jusqu’à il y a peu. Elle s’est même transmise à d’autres secteurs comme celui des ouvriers du bâtiment. On parle aussi de « débauchage » ou de « débrayage ».

En février, les travailleurs du bâtiment, des docks, des hôpitaux, de l’électricité, du commerce et les lycéens rejoignirent la lutte. Le 12 février, la grève devint générale.

L’État colonial, comme en 67 en Guadeloupe, répondit par la répression. Le 14 février, à l’habitation Chalvet, à Basse-Pointe, gendarmes et hélicoptères furent déployés pour briser la mobilisation. Les forces de l’ordre tirèrent à balles réelles sur des ouvriers désarmés. Ilmany Sérier, 55 ans, fut abattu. Quelques jours plus tard, le corps torturé de Georges Marie-Louise, 19 ans, fut retrouvé sur une plage. Ces meurtres révélèrent la vraie nature de l’État : défendre les intérêts du patronat, au prix du sang.

Une victoire arrachée et une conscience renforcée

Malgré la répression, les travailleurs ne reculèrent pas. Ils restèrent mobilisés pour exiger l’application intégrale des lois sociales en vigueur. Les manifestations se poursuivant à Fort-de-France, les patrons bananiers durent céder : le 21 février 1974, la journée de huit heures fut payée 39,50 francs. La conscience des travailleurs sortit renforcée de cette victoire.

Conclusion

La répression fut l’expression violente d’un système colonial prêt à tuer pour préserver l’exploitation. Le massacre de Chalvet s’inscrit dans une longue histoire de répression contre les travailleurs antillais. Mais Février 1974 fut avant tout un moment de lutte important où la classe ouvrière martiniquaise montra qu’elle pouvait s’unir, résister et arracher des victoires.