CO N°1375 (18 juillet 2026) – Il y a 90 ans – Révolution espagnole : juillet 1936

Le 17 juillet 1936, le général Franco appela l’armée à s’insurger contre le régime républicain espagnol. Le coup d’État intervint quelques mois après la victoire électorale du Front populaire espagnol. Il déclencha l’une des dernières grandes révolutions ouvrières du XXᵉ siècle.

Face à l’effondrement de l’autorité de l’État républicain, les travailleurs et les paysans pauvres s’organisèrent eux-mêmes pour combattre les militaires insurgés, assurer la production et administrer les territoires qu’ils contrôlaient. La guerre civile prit ainsi immédiatement le caractère d’une révolution sociale.

Du coup d’État à la guerre civile

Ce soulèvement militaire commença au Maroc espagnol.

Le général Franco n’était pas un inconnu, il était soutenu par des monarchistes, des conservateurs, des industriels et la Phalange espagnole (un mouvement fascisant fondé en 1933). En octobre 1934, il avait dirigé une féroce répression contre l’insurrection ouvrière des Asturies.

Le 18 juillet, les soulèvements militaires gagnèrent plusieurs villes, notamment Séville et Málaga. Face au danger, le gouvernement du Front populaire adopta une attitude hésitante, refusant d’armer les travailleurs.

Malgré tout, la réaction populaire fut immédiate. À Madrid, la grève générale fut proclamée et les ouvriers commencèrent à prendre les armes. À Málaga, les milices populaires reprirent la ville aux militaires. À Barcelone, les dockers s’emparèrent des armes présentes dans le port et sur les navires.

Le 19 juillet, les syndicats, la Confédération nationale du travail (CNT) et l’Union générale des travailleurs (UGT) lancèrent l’ordre de grève générale. Dans plusieurs régions, les travailleurs affrontèrent directement l’armée et des milices phalangistes.

Ce même jour, à Barcelone, les ouvriers armés réussirent à vaincre les troupes. Le général envoyé pour diriger le soulèvement en Catalogne dut se rendre aux travailleurs insurgés.

Le 20 juillet, dans le sud, Séville tombait définitivement aux mains des militaires. La répression y fut terrible : des milliers d’ouvriers furent massacrés.

À Madrid, les milices ouvrières écrasèrent les phalangistes et commencèrent à organiser des colonnes armées en direction de l’Aragon. La guerre civile venait de commencer.

Le 21 juillet, à Barcelone, fut créé le Comité central des milices antifascistes de Catalogne.

La révolution sociale

Dans les régions aux mains des travailleurs, l’autorité de l’État républicain s’effaçait. En Catalogne, en Aragon et dans certaines régions, des usines furent collectivisées et placées sous le contrôle direct des travailleurs. Les transports publics, les chemins de fer, des entreprises, des hôtels, des hôpitaux ou des services essentiels continuèrent à fonctionner grâce à l’auto-organisation ouvrière. Dans les campagnes, de grands propriétaires terriens furent chassés et des terres saisies par les paysans pauvres, qui mirent parfois en place des collectivités agricoles. Partout surgirent des comités ouvriers, des milices et des organismes révolutionnaires qui assuraient l’approvisionnement, la sécurité ou l’organisation de la production. Parallèlement à la guerre contre les franquistes, se développait une expérience révolutionnaire d’une ampleur exceptionnelle.

Le soulèvement victorieux de Barcelone montrait la force immense représentée par les centaines de milliers de travailleurs organisés.

Pas de direction révolutionnaire ouvrière pour la prise du pouvoir

Il aurait été possible, dès juillet, en s’appuyant sur l’impulsion révolutionnaire d’organiser et de centraliser ces milliers d’initiatives et d’établir le pouvoir des comités pour en faire de véritables organes de pouvoir. Le Parti socialiste et le Parti communiste, membres du Front populaire, firent l’inverse et mirent toute leur énergie en œuvre pour que se reconstitue le pouvoir bourgeois, en prétextant la nécessité de gagner la guerre contre l’armée de Franco. Les dirigeants anarchistes, opposés à prendre le pouvoir, participèrent eux aussi à cette trahison.

En Catalogne, le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) comptait plusieurs milliers de militants et bénéficiait d’une influence réelle. Ses militants participèrent activement à l’écrasement du soulèvement militaire à Barcelone. Pourtant, au moment où la victoire ouvrière ouvrait la possibilité de remplacer l’État républicain par le pouvoir des comités ouvriers, le POUM ne défendit pas cette perspective jusqu’au bout.

Le 21 juillet, alors que le Comité central des milices antifascistes devenait le véritable centre du pouvoir en Catalogne, les dirigeants du POUM acceptèrent d’y siéger aux côtés des représentants de la Généralité, au lieu de lutter pour que les comités ouvriers concentrent l’ensemble du pouvoir politique. Quelques semaines plus tard, le POUM entra même au gouvernement de la Généralité de Catalogne.

La victoire des classes populaires semblait possible. Mais les luttes révolutionnaires furent progressivement freinées puis dévoyées par les directions mêmes du mouvement ouvrier. Il n’y a jamais eu de parti révolutionnaire indépendant de la bourgeoisie de type bolchévik en Espagne. Et cela malgré les conseils et avertissements de Léon Trotsky, seul dirigeant de la révolution ouvrière russe de 1917 encore capable à l’époque de donner ses conseils. Les dirigeants du POUM dont Andrès Nin refusèrent de les suivre. Les travailleurs en payèrent le prix par une féroce répression. Cette dernière fut le fait des forces franquistes mais aussi des staliniens qui firent échouer la révolution ouvrière y compris par l’assassinat. Andrès Nin paya de sa vie une politique erronée, comme plus d’un million de travailleurs.

Le mouvement ouvrier fut vaincu et trahi par la politique stalinienne, en Allemagne, en France, en Espagne, en Italie et pratiquement partout dans le monde. La voie vers la deuxième guerre impérialiste mondiale était ouverte.