Mark Brantley, Premier ministre de Nevis, soutient le projet d’un milliardaire belge de créer une enclave ayant ses propres lois et sans aucun contrôle du gouvernement central.
L’île de Nevis est la plus petite des îles constituant la fédération de Saint-Kitts-et-Nevis, État indépendant membre du Commonwealth britannique. Elle a une superficie d’un peu plus de la moitié de celle de Marie-Galante. Elle est située à moins de 200 km au nord de la Guadeloupe. Au sein de cette fédération, elle a son propre Parlement et son Premier ministre.
Un jeune milliardaire belge, Olivier Janssens, qui s’est enrichi sans trop se fatiguer dans le domaine des cryptomonnaies, veut créer au sud de l’île sur près de 1 000 hectares une communauté du nom de « Destiny » qui aurait ses propres réglementations internes. Ce serait selon Janssens, qui a acquis la nationalité de Saint Kitts (Saint Christophe) et Nevis, une sorte de Dubaï ou de Monaco au sein de la Caraïbe.
Il prétend vouloir respecter la constitution du pays, tout en exigeant qu’à l’intérieur de Destiny ce soient ses propres lois qui s’appliquent. Janssens est un « libertarien », admirateur de Trump et d’Elon Musk, l’homme le plus riche du monde. Cela signifie qu’il est contre tout contrôle de la part d’un État quel qu’il soit, notamment en matière d’impôts, tout en ne refusant pas que l’État subventionne ses projets à l’occasion. Son projet prévoit la construction de 10 000 villas de luxe. Il serait autonome en eau potable et en énergie.
Il prétend que cela permettra la création d’emplois, mais il est clair que les 12 000 habitants de Nevis ne pourront postuler qu’à des emplois de domestiques, ou de métiers subalternes.
Le pire dans tout cela, c’est que le Premier ministre Mark Brantley appuie de toutes ses forces ledit projet. Il a même fait voter une loi en 2025 par le parlement qui permet la création de « zones de développement durable exceptionnelles ». À l’intérieur de ces zones, le promoteur de chaque projet doit « fournir des services de sécurité et de sûreté publiques » ainsi que « des services et de mécanismes de résolution des litiges ». Ce qui signifie qu’il pourra y faire sa propre loi sans restrictions.
Janssens précise vouloir créer ses propres règlements internes, « basés sur les principes libertariens et des marchés libres » qui autorisent la pensée et les actions libres sans aucun contrôle du gouvernement central.
Brantley, le Premier ministre, y a un intérêt direct et non négligeable. C’est son épouse Sharon, promotrice immobilière, qui se charge de convaincre les propriétaires de vendre leurs terrains.
Face à l’opposition, il nie toute corruption ou prise illégale d’intérêts en soutenant que sa femme ne fait qu’exercer son métier, indépendamment de son Premier ministre de mari.
Une protestation s’organise parmi la population, exigeant notamment un contrôle de la police locale en matière de sécurité.
Le projet n’est pas encore voté par le Parlement de Saint-Kitts-et-Nevis. Le Premier ministre de la fédération, Terrence Drew, a été victime d’une attaque et s’est fait soigner récemment en Martinique puis aux États-Unis. Il a exprimé quelques doutes sur le projet Destiny, mais il est clair que cela ne constitue pas une garantie qu’il sera rejeté.
La seule véritable garantie, ce serait une mobilisation massive de la population contre un projet qui constitue une nouvelle colonisation de cette île.