CO N°1361 (6 décembre 2025) – Épisode 2 : aux origines lointaines et plus proches de Combat ouvrier

Le 16 novembre 1965, il y a 60 ans, naissait La Ligue antillaise des travailleurs communistes à Paris, l’ancêtre de notre organisation Combat ouvrier.*

Notre filiation idéologique lointaine part de Karl Marx et de Friedrich Engels, les fondateurs du communisme, puis de Lénine et Trotsky. Nous nous réclamons aussi du programme des quatre premiers congrès de l’Internationale communiste de 1919 à 1922.

Marx et Engels ont analysé les mécanismes de l’exploitation capitaliste. Ce système économique est basé sur une injustice fondamentale : une minorité de riches capitalistes exploitent la force de travail de millions d’ouvriers dans les usines, les entreprises. Ils pillent les ressources aux quatre coins du monde en massacrant des peuples. Comme disait Marx « le capitalisme est venu au monde suant le sang et la boue par tous les pores ». Ils ont prévu que la classe ouvrière renversera un jour la bourgeoisie, ce qui n’est pas encore le cas bien que deux révolutions ouvrières aient eu lieu : la Commune de Paris et la révolution russe.

En 1903, Lénine, fonda la fraction communiste (bolchévik) au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie sur la base programmatique du marxisme. Lénine et les Bolcheviks défendaient l’idée que seul un parti révolutionnaire communiste regroupant l’avant-garde du prolétariat pouvait conduire la classe ouvrière à vaincre la bourgeoisie.

Le premier État ouvrier de l’histoire fut la Commune de Paris en 1871 qui dura 72 jours du 18 mars 1871 au 28 mai 1871.

La première révolution ouvrière victorieuse fut celle d’Octobre 1917 en Russie. L’État ouvrier dura véritablement six ans.

La vague révolutionnaire qui déferla ensuite sur l’Europe après la révolution d’octobre 1917 échoua principalement parce que les masses révolutionnaires n’avaient à leur service aucun parti capable de les mener à la victoire comme l’avait fait le parti bolchévik en Russie.

Après l’échec de la révolution allemande en 1918 et 1923, l’État ouvrier russe se retrouva isolé et privé d’une bonne partie de ses meilleurs dirigeants ouvriers morts pour défendre la révolution. Une couche de bureaucrates menée par Joseph Staline, un ancien bolchevik, profita de ce vide pour s’installer au pouvoir et parasita l’appareil de l’État ouvrier. Le stalinisme transforma l’État ouvrier russe en un véritable appareil de terreur contre-révolutionnaire.

Après la mort de Lénine en janvier 1924, Staline et sa clique exclurent du Parti les véritables révolutionnaires et toute la génération des militants d’octobre 17.

Léon Trotsky et ses camarades avaient fondé l’opposition de gauche pour combattre le stalinisme. Mais Trotsky fut exclu du Parti et forcé à l’exil en 1929. Puis ses camarades furent arrêtés, emprisonnés, puis fusillés.

Le groupe Barta

À l’approche de la deuxième guerre mondiale, depuis son exil, Trotsky lança un appel à fonder une IVème Internationale face à la faillite des partis communistes de la IIIème Internationale gangrénés par le stalinisme. Il fut assassiné le 21 août 1940 à Mexico sur ordre de Staline.

Notre filiation politique moderne vient d’un groupe né de l’appel de Trotsky.

Dans plusieurs pays, des groupes trotskystes s’étaient créés.  Ils constituaient des groupuscules non implantés dans la classe ouvrière face aux partis communistes staliniens. Mais ils existaient malgré la terreur exercée par les staliniens.

David Korner, alias Barta, né en 1914 en Roumanie, est celui qui créa en 1939 la tendance dont nous sommes issus. Il était membre du Parti communiste roumain puis de l’opposition de gauche trotskyste en Roumanie.

Il arriva en France en 1936 avec sa compagne Klara Feigenbaum dite Irène. Ils se dirigèrent vers l’Espagne pour prêter main forte à la révolution afin de répondre à l’appel de Trotsky aux militants trotskystes du monde. Ils décidèrent finalement de rester en France parce que la grève générale de 1936 avait éclaté et qu’existait une situation pré révolutionnaire.

Barta commença par militer dans les plus importants groupes trotskystes de l’époque en France, le Parti ouvrier internationaliste (POI) puis le PSOP (Parti socialiste ouvrier et paysan). Il rompit les liens peu après l’entrée en guerre de la France.

En 1939, Barta et ses camarades fondèrent l’Union communiste (UC)  le « Groupe Barta » en rupture politique avec ses anciens camarades trotskystes qui menaient une politique nationaliste française contre l’Allemagne. L’UC édita un bulletin politique presque hebdomadaire La lutte de classes.

En juillet 1943, Barta écrivit plusieurs textes importants dont un texte sur les objectifs du groupe Le rapport sur l’organisation.

Le groupe Barta vécut un drame en septembre 1944. Le camarade Mathieu Bucholtz, d’origine roumaine comme Barta, fut     tué près de Paris par des staliniens qui le considéraient comme une menace car il recrutait parmi les jeunesses communistes. Son corps fut retrouvé dans la Seine criblé de balles. Ce meurtre fut une grande perte pour l’UC.

Pierre Bois et la grève Renault de 1947

Bucholtz avait recruté son ancien camarade de classe, Pierre Bois, dit Vic. En avril-mai 1947, Vic fut l’animateur et le dirigeant de la grande grève de Renault Billancourt. Il y eut jusqu’à 12 000 grévistes. Outre le paiement des jours de grève, c’était un gain moral qui fut remporté : les grévistes avaient le sentiment d’avoir fait céder la direction de l’usine et d’avoir démasqué aux yeux des travailleurs la direction du Parti communiste stalinien et de la CGT qu’il contrôlait. Cette grève chez Renault dirigée par des trotskystes était la preuve qu’un  travail militant pouvait être mené dans la classe ouvrière et gagner du crédit et de la confiance dans la classe ouvrière. Cette grève fut une des raisons de la sortie du PCF du gouvernement.

Barta mit fin à son activité militante  plusieurs années après. En 1956, un certain nombre d’anciens militants du l’UC, dont Pierre Bois (Vic) et Robert Barcia (Hardy), créèrent un groupe avec un journal du nom de  Voix ouvrière (VO).

Le groupe antillais Combat ouvrier

C’est vers 1964 qu’un étudiant antillais à Paris rencontra des militants de VO. C’était Gérard Séné.

Gérard et ses amis étudiants antillais furent convaincus par les idées communistes révolutionnaires dans une période où une partie de la jeunesse antillaise était influencée par l’idéologie nationaliste. Ils éditèrent un journal ronéoté du nom de Lutte ouvrière et un bulletin d’entreprise en créole à destination des travailleurs antillais concentrés surtout aux PTT et dans les hôpitaux qui s’appelait  Gro ka.

En mai 1968, une révolte de la jeunesse fut l’étincelle qui déclencha à son tour une grève générale. De Gaulle fit interdire un bon nombre d’organisations d’extrême gauche dont VO.

Les camarades de VO mirent sur pied une nouvelle organisation avec un nouveau nom « Lutte ouvrière » qui existe jusqu’à aujourd’hui.

Lutte ouvrière et Combat ouvrier militent dans la même organisation internationale, l’UCI (Union communiste internationaliste).

Dans le prochain numéro, nous relaterons la période du retour des militants de Combat ouvrier au début des années 1970 en Guadeloupe et en Martinique.