Lors de la rentrée scolaire de 1956, douze lycéens noirs se rendent au Clinton High school de Clinton, Tennessee, pour poursuivre leur scolarité. Ce lycée est fréquenté uniquement par des élèves blancs.
La ségrégation, système raciste qui instaure la séparation des Noirs et des Blancs, est encore en vigueur dans de nombreux établissements scolaires du sud des États-Unis. C’est le cas de la petite ville de Clinton.
Les élèves noirs de Clinton devaient se rendre dans un lycée situé à une trentaine de kilomètres de leur lieu d’habitation. Les établissements réservés aux Noirs étaient systématiquement plus délabrés et moins bien équipés que les lycées blancs.
Le 17 mai 1954, un arrêté de la cour suprême avait décrété la fin de la ségrégation dans les établissements publics. C’était le fruit d’une lutte menée par le NAACP (Association nationale pour la promotion des gens de couleur). Cependant, cet arrêté ne fixait pas de date d’application, laissant ainsi aux procureurs de chaque État la liberté de l’imposer.
C’est dans ce contexte que les douze lycéens se sont rendus en cours le 27 août. Il semble que la première journée a été assez calme pour eux. Mais dès le lendemain, un suprématiste blanc, John Kasper, a rameuté des Blancs racistes de la ville et d’autres de l’extérieur, jusqu’à 3000 individus haineux et violents pour fomenter des émeutes.
Des voitures abritant des Noirs ont été attaquées, sans intervention de la police locale, qui laissait faire. Les maisons de deux des étudiants ont été la cible de tirs. Les jeunes ont eu à subir des cris, des injures, des jets d’œuf pourris. Des édifices publics ont été attaqués.
Face à ces émeutes, le gouverneur a fait intervenir 600 gardes nationaux et une centaine de militaires avec des tanks. Mais dès qu’ils se sont retirés, les troubles ont repris. Le proviseur du lycée a décidé de fermer l’établissement pour six jours.
Deux des lycéens noirs ont résisté et ont obtenu leur diplôme dans ce lycée. Mais le jour de la remise du diplôme, l’un d’eux a été agressé.
Ce fut la première des actions de jeunes lycéens pour combattre la ségrégation. L’année suivante, a eu lieu l’action plus connue des neuf de Little Rock, une ville de l’Arkansas, toujours dans le sud des États-Unis. Là aussi, ils ont su imposer leur présence dans cet environnement raciste extrêmement hostile. Le courage et la détermination dont ces jeunes âgés de 15 à 18 ans ont fait preuve sont admirables. Leur obstination était confortée par un mouvement noir en plein développement. C’est grâce à ces luttes que tous les lieux publics, écoles, transports, restaurants, sont officiellement accessibles aux Noirs. Dans la réalité quotidienne, le racisme individuel et officiel reste violent aux États-Unis, parfois meurtrier. Pour l’éradiquer complètement, c’est toute l’organisation sociale qui devra changer.