Nous avons dans les précédents numéros raconté les débuts de notre organisation en 1965. Puis ce fut l’arrivée de nos militants en Guadeloupe et en Martinique au début des années 1970.
Cette décennie est marquée par des luttes ouvrières liées au contexte colonial et répressif, aux conditions de travail, aux bas salaires et au chômage en Martinique et en Guadeloupe.
En Martinique, dans le secteur de la banane, dans les plantations du Nord et du Centre de l’île, la colère gronde, des grèves sont menées. Dans les hôpitaux également éclatent des grèves marquantes. En Martinique et en Guadeloupe, chaque campagne sucrière est marquée par des mobilisations saisonnières parfois très dures des ouvriers et petits planteurs. Ce sont aussi des combats face aux vagues de licenciements liés à la baisse d’activité des usines sucrières. Dans des structures héritées des plantations, les travailleurs combatifs font l’expérience répétée de la répression coloniale. Nous parlerons de la tuerie de Chalvet en 1974 en Martinique.
Nos activités dans les années 1970
Combat ouvrier s’est fait connaitre dans ce contexte en diffusant très souvent des tracts, à chaque évènement. Le premier bulletin : « Lévé Lévé » était un tract politique général sorti en 1971 et publié pendant plusieurs mois. Il était diffusé clandestinement la nuit dans les quartiers populaires de Pointe-à-Pitre, devant les portes, sous une pierre et affiché aussi clandestinement à l’Institut Vizioz. Chaque mois nous organisions une réunion publique à Pointe-à-Pitre, généralement au palais de la mutualité. Des camarades militaient parmi les étudiants en droit de l’Institut Vizioz. De même parmi les ouvriers de la canne dans la région de Sainte-Rose, avec notamment Lita et Rita Dahomay qui habitaient la région. Puis à l’ancienne usine Grosse Montagne où Combat ouvrier créa un nouveau bulletin d’entreprise avec les travailleurs de l’usine. Durant cette période à Capesterre-Belle-Eau, dans les plantations de banane nous nous sommes liés à des travailleurs et avons publié un bulletin qui est devenu par la suite « Pawol a travayè bannan ».
Très tôt, nous nous sommes présentés aux élections pour nous faire connaître politiquement et physiquement des travailleurs. C’était en 1973 pour les élections législatives en Guadeloupe et en Martinique. Dans son 20ème éditorial Combat ouvrier écrivait « Nous présenterons des candidats mais nous n’irons pas aux élections avec pour objectif des postes de députés et en faisant aux travailleurs la promesse de changer leur sort par ce moyen. […] Pour la classe ouvrière ainsi que pour les pauvres, la seule possibilité de changer leur sort réside dans la lutte de tous les opprimés contre les capitalistes. » Nous étions la seule tendance révolutionnaire se réclamant de la classe ouvrière dans ces élections.
La tuerie de 1974 en Martinique
L’un des évènements les plus marquants de cette période fut la grève générale de février 1974 en Martinique et la répression sanglante qui s’ensuivit.
L’appel à la grève générale avait été largement suivi et le 12 février tous les secteurs ouvriers étaient touchés. La manifestation à Fort-de-France le 12 rassembla 8000 personnes. Combat ouvrier y participait avec les mots d’ordre « échelle mobile des salaires ! », « répartition du travail entre tous et sans diminution de salaire ».
Les ouvriers agricoles, dans la banane, s’étaient mis en grève dès janvier, contre le patronat béké, exigeant l’augmentation des salaires. Le salaire agricole était plus bas que le salaire minimum en France, alors que les prix flambaient. Ils menèrent une grève totale de plus de 15 jours.
Le 14 février, alors que les ouvriers en grève vont de plantations en plantations, le préfet Christian Orsetti envoie 200 gendarmes à Basse-Pointe et un hélicoptère. Les gendarmes tirent à balle réelle et sans sommation sur les grévistes à Fonds Brûlé et à Chalvet. L’ouvrier Ilmany Sérier est tué par balle. Le jour de l’enterrement, le corps de Georges Marie-Louise, un jeune ouvrier, est retrouvé mutilé, torturé, sur la plage près de Chalvet.
Les ouvriers agricoles renouaient avec une vieille coutume de lutte : la grève marchante qui consistait à marcher de plantations en plantations pour élargir la grève.
Cette fois les gendarmes ont tiré sur les grévistes depuis l’hélicoptère. À part Marie-Louise et Ilmany tués, il y eut d’autres travailleurs et camarades blessés par balle.
Les ouvriers ont obtenu l’augmentation du salaire journalier. Deux morts et une dizaine de blessés, voilà le prix que les autorités colonialistes ont fait payer aux ouvriers agricoles pour les 6 francs d’augmentation arrachés.
Une fusillade qui s’ajoutait à la longue liste des massacres qui jalonnent l’histoire des luttes ouvrières en Guadeloupe et en Martinique.