Le 4 mars 2009, un accord était signé à l’issue d’une grève générale de 44 jours, la plus importante qu’ait connue la Guadeloupe depuis le début du siècle.
La colère qui a mobilisé jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de manifestants était essentiellement due à la vie chère et aux bas salaires. Un quart de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 610 € par mois.
Le 5 décembre, Les organisations politiques, syndicales, culturelles, réunies à l’appel de l’UGTG, ont constitué le LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyon). Le 20, 10 000 personnes ont défilé dans les rues. Les travailleurs de plusieurs secteurs sont entrés en lutte, organisant des piquets de grève devant les entreprises. Tous les soirs, des rassemblements au Bik (siège du LKP) à Pointe-à-Pitre mobilisaient les manifestants.
Le 23 janvier, l’aéroport fut envahi par plusieurs centaines de personnes.
Le 24 janvier, une rencontre s’est tenue au WTC (World Trade Center) entre les représentants du LKP et les représentants du pouvoir. La rencontre, filmée par une chaine de télévision, fut visible de tous, ce qui accrut encore la colère. Le 28, le Préfet quitta la table des négociations. Le nombre de manifestants croissait de jour en jour.
Yves Jego, ministre des DOM, arriva en Guadeloupe. Le 4 février, une négociation commençait. La revendication d’augmentation des salaires de 200 euros, se heurtait au refus catégorique du Medef. Le 6 février, Jego, mis sous pression par l’ampleur et la détermination de la mobilisation, dut concéder une baisse du prix des carburants. Mais alors qu’un accord était en passe d’être acté, Jego s’éclipsa discrètement, rappelé à Paris par le 1er ministre Fillon.
À ce moment, le 5 février, en Martinique, une grève générale éclatait, ainsi qu’à la Réunion. En Martinique, le K5F (Kolektif 5 févrié) posait des revendications similaires à celles de Guadeloupe.
Le patronat Béké a opposé son veto, interdisant la signature d’un accord en Guadeloupe qui se serait étendu aux autres îles sous sa férule.
Plusieurs dizaines de milliers de manifestants révoltés prirent alors la rue. Des barrages furent dressés aussi bien sur les grands axes que dans les quartiers et les routes de campagne.
Dans la nuit du 17 au 18 février, Jacques Bino, un militant de la CGTG et membre de Akiyo fut tué par balles. Jusqu’à aujourd’hui, l’auteur de cet assassinat n’a pas été identifié. Le 23 février, les négociations reprirent. Un accord fut signé avec les gérants de stations-service sur la non implantation de nouvelles enseignes. Le calcul des autorités était que l’essence étant de nouveau disponible et la population choquée par la mort de Bino, le mouvement serait affaibli.
Mais le vendredi 1er mars, le dirigeant de la CGTG Jean-Marie Nomertin faisait voter par une foule de 4000 personnes la continuation de la grève.
Le 4 mars, un accord en 165 points fut signé. Il comprenait l’augmentation de 200 euros mensuels sur les salaires jusqu’à 1,4 Smic, l’accord Bino.
Par la suite, il fallut d’autres grèves, dont certaines longues et dures, dans plusieurs entreprises pour exiger que cet accord soit appliqué. Le patronat a distillé l’idée dans la tête de certains qu’en 2009, « on n’a rien gagné ». Mais à ce prétendu « rien », il s’est farouchement opposé, jusqu’à refuser d’appliquer l’accord déjà signé !
Au-delà de cet acquis non négligeable des 200 euros, la grève de 2009 a profondément marqué les mémoires et entrainé un regain de confiance et de combativité pour de nombreux travailleurs, qui a persisté pendant encore plusieurs années.