CO N°1376 (12 septembre 2026) – Martinique – Transport en commun de passagers à l’arrêt

Depuis plusieurs semaines, la situation ne cesse de se dégrader. Pour se déplacer, c’est un vrai parcours du combattant pour les usagers du transport public.

La grève des salariés de la société Transaglo a involontairement permis de révéler une situation que le grand public ignorait. Martinique Transport, l’organisatrice du transport public en Martinique, dont les actionnaires sont la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) et les trois communautés d’agglomération (Cap Nord, CACEM, Espace Sud), est en cessation de paiement. Elle fait face à un montant de 45 millions d’euros de factures impayées. Cela a amené les patrons d’entreprises assurant les prestations à les arrêter pour cause de non-respect des engagements par Martinique Transport. La CTM, elle, compterait 270 millions d’euros de factures impayées.

Face à cette situation, Serge Letchimy, le président de la CTM, a convoqué une série de réunions depuis le début du mois de juillet avec la participation des trois communautés d’agglomération sommées de mettre plus d’argent. Objectif : trouver 20 millions d’euros de toute urgence pour régler prioritairement le transport scolaire. Fred-Michel Tirault, président de l’Espace Sud, et Bruno-Nestor Azérot, le président de Cap Nord, ont fait comprendre qu’ils ne sont nullement disposés à cracher au bassinet. Arnaud René-Corail, le président de Martinique Transport, les a menacés de saisir les tribunaux pour les y contraindre. Il est allé plus loin en envisageant une résiliation de la DSP (Délégation de service public) du Sud si les transporteurs refusaient de la renégocier. Pour assainir la situation, il a clairement annoncé une réorganisation du service et des licenciements soi-disant inéluctables.

Pourtant, l’argent existe. C’est d’abord le profit réalisé par l’exploitation capitaliste. C’est aussi celui qui est déversé par dizaines de millions dans les caisses des capitalistes sous forme de subventions ou de soi-disant aides. C’est bien là qu’il faut aller le prendre. Pas dans les poches des salariés.

Le 31 août 2026, de nombreux marchés sont arrivés à échéance. Ce qui a conduit Martinique Transport à prolonger ces marchés jusqu’au 31 octobre en attendant la mise en place de nouveaux contrats.

Aujourd’hui, le service public de transport de passagers est quasiment à l’arrêt, à l’exception notable du TCSP. En effet, ce service est directement géré par Martinique Transport et la Régie des Transports de Martinique (RTM), c’est-à-dire le service public. Il ne fait pas l’objet d’appel d’offres et n’est donc pas proposé à l’appétit des capitalistes.

Ceux qui ont en charge l’organisation et la gestion du transport public des passagers portent la totale responsabilité de cette situation scandaleuse. Ce sont les usagers qui trinquent et doivent recourir au système D pour se déplacer quand ils doivent impérativement le faire. Et là, curieusement, on n’entend pas le refrain de la « prise en otage de la population » qu’on nous ressasse quand des travailleurs se mobilisent. Mais ces dirigeants pourraient avoir la surprise de voir la population ainsi piégée manifester sa colère en se retournant contre eux. Et cela ne serait que juste retour des choses.