CO N°1371 (9 mai 2026) – Guadeloupe – Mai 1967 : trois jours de massacre

En mai 1967, en Guadeloupe, une grève des ouvriers du bâtiment à Pointe-à-Pitre met le feu aux poudres. Les travailleurs revendiquent des augmentations de salaires face à la vie chère et aux inégalités héritées de la domination coloniale.

Très vite, le conflit dépasse le cadre de la grève : c’est toute la colère sociale qui s’exprime.

Les 26, 27 et 28 mai, la répression se déchaîne. Le 26 mai, une manifestation est violemment dispersée par les forces de l’ordre, qui ouvrent le feu sur la foule. Le 27 mai, la police et la gendarmerie occupent la ville, procèdent à des arrestations massives et tirent à balles réelles dans plusieurs quartiers populaires. Le 28 mai, la traque continue, avec de nouvelles fusillades et une véritable chasse aux manifestants.

Parmi les victimes figure Jacques Nestor, militant syndical et politique indépendantiste du GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe) abattu par les forces de l’ordre le 26 mai. Sa mort devient un symbole de la violence de la répression et de la colère ouvrière.

Le véritable bilan humain est resté longtemps caché. Le bilan officiel initial faisait état de sept à huit morts. Une estimation administrative ultérieure évoquera au moins 87 victimes, tandis que les travaux historiques situent aujourd’hui le nombre de morts entre 80 et 200.

Ces événements mettent à nu la réalité de l’ordre colonial : derrière les discours d’égalité, les travailleurs guadeloupéens subissent exploitation, pauvreté et racisme institutionnalisé. Face à leur mobilisation, l’État répond comme il l’a toujours fait dans les colonies et les territoires dominés : par la force brute.

Mai 67 n’a pas disparu des mémoires, mais cette mémoire a longtemps été étouffée, minimisée ou contestée. Elle reste aujourd’hui un enjeu de reconnaissance et de vérité historique. Mai 67 est un vrai marqueur de la mémoire collective du colonialisme.