CO N°1371 (9 mai 2026) – Martinique – 1848 : les esclaves ont arraché leur liberté

En Martinique, l’abolition de l’esclavage en 1848 est le résultat d’un combat mené par les esclaves eux‑mêmes.

Depuis des décennies, le système esclavagiste reposait sur des violences extrêmes, des inégalités profondes et une exploitation totale des Noirs arrachés à l’Afrique et réduits en servitude. Malgré la répression, les esclaves n’ont cessé de résister : marronnage, ralentissement du travail et révoltes ont eu lieu tout au long de la période esclavagiste.

En février 1848, la révolution éclate en France et entraîne la chute de la monarchie. En avril, le gouvernement de la Seconde République élabore un décret officiel pour mettre fin définitivement à l’esclavage. Toutefois, avant qu’il ne soit appliqué, un navire arrive le 24 mars en Martinique, annonçant la nouvelle qui suscite impatience et colère parmi les esclaves.

Des soulèvements éclatent alors. Dans une habitation de Saint‑Pierre, un géreur interdit aux esclaves de jouer du tambour, activité qu’ils pratiquaient le soir après le travail. Le 20 mai, malgré l’interdiction, un esclave nommé Romain continue d’en jouer. La tension monte et le géreur porte plainte : Romain est arrêté.

Le 21 mai, environ 2 000 esclaves et Noirs libres insurgés affrontent les soldats au Prêcheur. De violents combats éclatent dans la soirée : plusieurs habitations et maisons de maîtres sont incendiées. On compte 25 morts et 50 blessés parmi les insurgés.

Le 22 mai, les esclaves cessent le travail dans de nombreuses habitations à travers l’île. Le lendemain, l’arrivée d’un navire transportant des soldats à Fort‑Royal aggrave la situation. Face à la menace d’un soulèvement général, le conseil municipal de Saint‑Pierre vote l’abolition de l’esclavage. Le 23 mai à 15 heures le gouverneur Rostoland proclame officiellement l’abolition, en garantissant l’absence de poursuites contre les révoltés.

Le 22 mai est aujourd’hui férié en Martinique. Et il a fallu de nombreuses manifestations faisant face aux forces de l’ordre pour l’imposer.

À cette date est célébrée, non pas l’abolition de l’esclavage, mais la lutte des esclaves pour leur libération.

L’esclavage lié à la traite négrière est apparu à l’aube du capitalisme. Ce sont les richesses accumulées grâce à la culture de la canne à sucre ou encore du café par les esclaves, qui ont enrichi la bourgeoisie européenne. Aujourd’hui, la bourgeoisie domine le monde. Son système, le capitalisme, perpétue à travers la planète l’exploitation des êtres humains. Les travailleurs salariés ne sont pas des esclaves au sens juridique du terme, mais ils restent contraints de vendre leur force de travail pour survivre, produisant des richesses accaparées par une minorité de capitalistes. Les travailleurs sont des esclaves modernes.

Hier les esclaves ont brisé leurs chaînes. Demain, c’est par la lutte collective que les exploités de toutes couleurs et de tous pays pourront renverser le système capitaliste.