CO N°1374 (4 juillet 2026) – Éditorial – Le capitalisme est un système criminel !

La cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l’affaire du chlordécone. Après vingt ans de procédure, aucun responsable ne sera donc jugé pour le plus grand scandale sanitaire et environnemental de l’histoire des Antilles.

Pourtant, les victimes continuent de vivre avec les conséquences de cet empoisonnement de masse : plus de 90 % de la population de Guadeloupe et de Martinique est contaminée avec pour conséquence un taux de cancer très élevé, tandis que les sols resteront pollués pour plusieurs siècles.

Ce poison a été produit, vendu, autorisé et répandu au nom des profits de quelques grands planteurs. À partir de 1972, le chlordécone est utilisé dans les bananeraies pour lutter contre le charançon. Interdit aux États-Unis dès 1977 en raison de sa toxicité, il continue pourtant d’être autorisé aux Antilles françaises. Alors qu’il est interdit dans l’Hexagone en 1990, les grands planteurs obtiennent des dérogations jusqu’en 1993. Certains continueront même à en utiliser illégalement jusqu’au début des années 2000. Les autorités connaissaient les dangers de ce pesticide, mais les profits des gros propriétaires de plantations pesaient plus lourd que la santé des ouvriers agricoles et de toute la population.

Comment comprendre qu’un État reconnaisse officiellement sa responsabilité dans l’empoisonnement des Antilles, tandis que la justice conclut qu’aucun responsable ne doit être jugé ? C’est en fait le fonctionnement normal d’un État qui défend avant tout les intérêts de la classe possédante. La responsabilité de l’État est admise dans les discours, mais il n’est pas question que cette reconnaissance débouche sur la condamnation des décideurs économiques et politiques qui ont autorisé, maintenu et couvert l’utilisation du chlordécone.

Les ouvriers agricoles de la banane, eux, ont dû manipuler ce poison, souvent sans protection, au risque de tomber malades. Ceux qui décidaient étaient les patrons des plantations. Ceux qui ont payé sont les travailleurs et, au-delà, toute la population. Les capitalistes se sont enrichis, mais les conséquences sanitaires ont été pour toute la population.

Le scandale du chlordécone nous montre le fonctionnement de la société capitaliste : la rentabilité avant la santé, les profits avant la vie. Cette logique est applicable à tout autre secteur. En France, 764 travailleurs sont morts dans un accident du travail en 2024. Il y a eu 759 décès en 2023, 738 en 2022 et 645 en 2021. Des chiffres qui ne cessent d’augmenter visiblement. Derrière eux se cachent les mêmes causes : les cadences infernales, les économies sur la sécurité, l’exposition à des produits toxiques…le tout au nom du profit.

Les grèves engagées ces derniers jours dans les usines Stellantis (Peugeot, Citroën, Opel, Fiat, Chrysler…) de Mulhouse, Poissy, Sochaux contre les conditions de travail imposées par la canicule en sont une nouvelle illustration. Les directions trouvent les moyens de protéger la production, mais hésitent lorsqu’il s’agit de préserver les producteurs. À Poissy, les bouteilles d’azote destinées aux machines étaient arrosées pour éviter leur surchauffe, tandis que les ouvriers continuaient à travailler sous une chaleur écrasante. Une image qui résume toute la logique de ce système.

Les victimes du chlordécone ont raison de poursuivre leur combat pour  que les responsables rendent des comptes et que les victimes soient indemnisées. Mais cette affaire rappelle surtout que les travailleurs et la population ne peuvent compter ni sur les tribunaux, ni sur les gouvernements pour défendre leur santé. C’est par la lutte collective que notre peuple pourra imposer ses intérêts face à un patronat prêt, hier comme aujourd’hui, à sacrifier des vies pour préserver ses profits.