Le 8 juillet 1976, il y a 50 ans, la Soufrière, le volcan de Guadeloupe, entrait en éruption phréatique et non magmatique. Cependant la fumée qui se dégageait et les cendres importantes inquiétaient la population. À partir du 15 août, 76 000 habitants du sud Basse-Terre furent évacués dans l’impréparation la plus totale.
Pourtant, les premiers signes de reprise d’activité volcanique sont apparus dès 1975. En mars 1976, la terre tremblait souvent. Une montée de lave avait été observée à l’intérieur du volcan.
Dans son édition du 7 avril 1976, Combat ouvrier écrivait : « Tout au long de la période d’inquiétude sur l’évolution des phénomènes volcaniques, la radio et la presse écrite n’ont pas cessé d’expliquer qu’il ne fallait pas s’affoler ; que rien de grave ne se passait ; qu’il ne fallait pas quitter sa maison pour se réfugier ailleurs etc. Cela n’y fit rien et on assista à un début d’affolement. Mais cet affolement s’expliquait bien par le manque d’information et d’explications claires. Comment réclamer aux habitants de Saint-Claude de rester « calmes » en leur disant qu’il n’y avait « rien de grave » alors que des tremblements de terre se faisaient ressentir plusieurs fois par jour et ce pendant plusieurs jours. Il a fallu attendre plusieurs jours avant que la radio daigne interviewer le responsable du laboratoire chargé de la surveillance du volcan. »
Le préfet de l’époque était lui-même démuni face à ce phénomène, d’autant que la catastrophe de l’éruption de la Montagne Pelée en Martinique en 1902, bien que vieille de 74 ans, était encore dans les esprits avec ses 30 000 morts.
Le 8 juillet 1976, des personnes avaient déjà évacué spontanément leur maison.
Les deux vulcanologues, Claude Allègre et le célèbre Haroun Tazieff, n’étaient pas d’accord entre eux. Scientifiquement, c’est Haroun Tazieff, qui affirmait qu’il s’agissait d’une éruption phréatique et non magmatique, qui avait raison. Mais finalement, l’administration locale a joué la carte de la sureté et a fait évacuer le sud de l’île à partir du 15 août 1976 après qu’un énième panache de cendre eut été expulsé par le volcan.
L’évacuation
Ceux qui avaient des voitures ont pu quitter la zone plus facilement que ceux qui n’en avaient pas. À l’époque, une minorité de foyers possédait un véhicule. Certains témoins racontent des scènes déchirantes où des mères laissaient leur bébé entre les mains d’inconnus qui fuyaient en voiture en disant : « Sauvez mon bébé, moi je peux mourir !».
Nous écrivions : « Des bouchons interminables vont se former depuis la ville de Basse-Terre jusqu’à Petit-Bourg. Certains mettront plusieurs heures pour effectuer une dizaine de kilomètres ».
Finalement les personnes à pied ont été évacuées tant bien que mal par bateau ou en transports en commun.
Les conditions difficiles des réfugiés
Ceux qui n’avaient pas les moyens de louer une maison se retrouvèrent hébergés dans la famille ou chez des volontaires. Certains dormirent dehors pendant plusieurs jours avant d’occuper des écoles. Les autres furent recueillis dans des centres d’hébergement.
Pour ces réfugiés, c’était le début du cauchemar qui dura à peu près trois mois. L’administration préfectorale n’avait rien prévu pour les recevoir. Dans beaucoup de centres, il n’y avait pas de lits, de sorte que les premiers jours, de nombreux réfugiés ont dormi à même le sol. Bien souvent, aucun service de restauration n’avait été mis en place, sans compter tous les problèmes d’hygiène causés par la promiscuité et le manque de sanitaires.
Heureusement que la solidarité populaire s’est organisée pour pallier cette incurie des autorités. Spontanément, des gens amenaient des vivres et du matériel pour les réfugiés.
Un comité unitaire de soutien aux réfugiés fut créé auquel Combat ouvrier participa avec des syndicats et d’autres organisations politiques du mouvement ouvrier.
Le bilan
Finalement la Soufrière n’a pas explosé et les gens ont pu rentrer chez eux quelques mois plus tard. Beaucoup de réfugiés ont souffert d’avoir perdu leur travail, d’avoir quitté leur maison et leur terre.
Nous écrivions en 1977, un an après l’évacuation : « L’une des catégories qui est la plus durement atteinte est la petite paysannerie de Saint-Claude et Baillif. Les ouvriers ont eux perdu purement et simplement leur salaire pendant toute cette période de troubles. […] Les travailleurs de toutes les branches de l’économie, employés de commerce, des hôpitaux, ouvriers des services publics, dockers, employés de bureau se retrouvèrent du jour au lendemain rangés parmi les chômeurs. Et si certains d’entre eux eurent la possibilité de retrouver dans la région de Pointe-à-Pitre un emploi similaire ou un simple « dépannage » il n’en fut pas de même pour la majorité ».
Ce sont les travailleurs et les plus pauvres qui ont payé le plus lourd tribut à cette catastrophe. Les plus aisés et les riches ont eu les moyens de rebondir, là où les autres ont mis des années à s’en remettre. Certains capitalistes en ont profité pour spéculer sur le prix de certains produits de première nécessité comme l’eau pour s’enrichir.
Toute catastrophe naturelle est toujours le révélateur des profondes inégalités sociales contenues dans la société capitaliste où une minorité possède tout au détriment de la majorité.