En Turquie, les manifestations du 1er mai 2026 ont donné lieu, cette année encore, à une forte répression policière.
Les syndicats avaient appelé à manifester à travers le pays pour réclamer des hausses de salaire. À Istanbul, mégapole d’un million d’habitants, des tensions ont éclaté, la police turque a utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestants et procédé à des centaines d’arrestations.
Cela a été le cas notamment autour de la place Taskim où, malgré les interdictions, des milliers de travailleurs, femmes, étudiants sont venus en masse reprenant les slogans « Pain, paix, liberté ». 576 personnes ont été interpellées dans la seule journée du 1er mai, dont des militants, des syndicalistes, des journalistes et des figures de l’opposition au gouvernement du président Erdogan. Les arrestations avaient commencé dès le début de la semaine, avec des mandats d’arrêt et de perquisition émis contre des dizaines de personnes. 46 avaient été arrêtées avant le 1er mai. Elles ont été relâchées le samedi après une nuit de garde à vue.
Dans le pays la situation des travailleurs et des masses pauvres s’aggrave mois après mois. En 2026, le salaire minimum net mensuel s’élève à peine à 620 dollars, alors que l’inflation officielle dépasse les 30 %. Les travailleurs font le plus souvent face à des conditions de travail précaires : le nombre des accidents du travail explose. Ils subissent les licenciements abusifs, les salaires impayés! C’est dire que pour les travailleurs, les raisons de manifester leur colère sont nombreuses.
Mais avec un système public de santé qui s’effondre ou un système d’éducation scolaire qui passe de plus en plus sous l’emprise de la religion, ou encore les problèmes d’insécurité qui augmentent parallèlement avec la pauvreté, c’est bien la situation de l’ensemble des masses laborieuses qui s’aggrave dans le pays.
Après deux décennies de pouvoir de plus en plus autoritaire, ces dernières années, la popularité du président Recep Tayyip Erdogan et de son parti islamo-conservateur, l’AKP (Parti de la Justice et du Développement ) a chuté. Lors des élections municipales du 31 mars 2024, il a perdu plusieurs mairies.
En réponse, le pouvoir intensifie la répression, y compris contre ses adversaires politiques, tel le maire d’Istambul Ekrem Imamoglu, principal rival de Erdogan aux prochaines présidentielles. Le pouvoir judiciaire a été instrumentalisé à des fins politiques. La Turquie se trouve désormais classée 118e sur 143 pays dans un récent classement sur l’état de droit.
La répression des manifestations comme celle du 1er mai 2026, les arrestations de syndicalistes, journalistes et opposants politiques visent à intimider les travailleurs, les jeunes et les masses en lutte contre leur condition et qui s’opposent au gouvernement. Mais, ces derniers peuvent aussi se renforcer au cours de leurs luttes.