CO N°1374 (4 juillet 2026) – États-Unis – 250 ans d’indépendance sous le joug capitaliste

Le 4 juillet, Trump et les siens vont fêter en grande pompe les 250 ans de la déclaration d’indépendance des États-Unis datée de 1776. Cette indépendance ne sera définitivement acquise qu’en 1783, après plus de sept ans de guerre contre la Grande-Bretagne.

Il est d’usage de s’extasier devant la lutte des colonies américaines contre la métropole britannique, et d’en faire un symbole d’acquisition de la liberté. C’est d’autant plus vrai en France que celle-ci a participé à la guerre contre l’ennemi anglais, avec des troupes commandées par La Fayette, considéré comme un héros aux États-Unis.

Certes, on peut considérer que la rupture de liens de dépendance vis-à-vis d’une métropole est un progrès en soi. Mais il convient d’analyser les causes profondes de cette guerre d’indépendance. Pendant près de deux siècles, les plus riches des colons anglais ont plutôt bien toléré les liens avec leur « mère patrie ». Mais lorsque les taxes sont devenues un fardeau de plus en plus lourd pour cette bourgeoisie naissante, ses dirigeants se sont révoltés. Constatant qu’ils n’avaient pas besoin de la Grande-Bretagne pour vivre, et que celle-ci ne faisait que ponctionner leurs profits, ils ont décidé de rompre les liens. Au départ, tous n’étaient pas unanimes, mais la guerre se prolongeant, la majorité adhéra au principe d’indépendance.

Cette guerre est-elle vraiment un symbole de liberté ? Comme le faisait remarquer la journaliste Rokhaya Diallo au cours d’un débat, il ne faut pas oublier que cette indépendance s’est déroulée sous les ordres de généraux tels que Washington ou Hamilton, qui étaient propriétaires d’esclaves et avaient bâti leur fortune sur le travail de ceux-ci. La « liberté » n’a été accordée qu’aux colons blancs et à leurs descendants, et encore certains travailleurs blancs engagés étaient-ils proches de la condition servile. La seule différence, c’est que c’était pour une période limitée.

À l’origine, les colonies anglaises ont été fondées en chassant les populations d’origine, les Amérindiens, qui ont subi un impitoyable génocide. Cela s’est poursuivi bien au-delà de 1783, jusqu’à la fin du XIXème  siècle, avec la « conquête de l’Ouest », au moyen de massacres et de famines provoquées, notamment par l’abattage des bisons par des « héros » tels Buffalo Bill, qui se vantait d’en avoir tué des milliers.

Le territoire des États-Unis s’est agrandi par plusieurs guerres contre le Mexique, jusqu’à ce qu’il atteigne les rivages de l’océan Pacifique.

En 1852, Frederick Douglass, ancien esclave devenu l’un des principaux défenseurs de l’abolition, fut invité le 5 juillet à faire une intervention au sujet de la déclaration d’indépendance, célébrée la veille. Il dénonça de façon magistrale l’hypocrisie de cette « libération », de ces grands principes énoncés alors même que l’esclavage persistait, et se développait même à l’ouest. Il dit que le 4 juillet, pour l’esclave, est « un jour qui lui révèle, plus que tous les autres jours de l’année, l’injustice flagrante et la cruauté dont il est la victime constante. Pour lui, votre célébration est un simulacre. […] L’existence de l’esclavage dans ce pays fait de votre républicanisme une imposture, de votre humanité un faux-semblant et de votre christianisme un mensonge. Ce 4 juillet est le vôtre, non le mien. Vous pouvez vous réjouir, je dois porter le deuil ».

L’esclavage n’a été aboli qu’en 1865, au terme de la Guerre de Sécession, où les États esclavagistes du Sud ont voulu se séparer du Nord. Mais même Abraham Lincoln, qui a proclamé l’abolition, n’y était pas favorable au début. Ce n’est qu’en 1863, après 3 ans de guerre, qu’il s’y est résolu, car sans l’appui des Noirs en révolte, la victoire semblait incertaine à la bourgeoisie nordiste.

La France qui va participer à la fête organisée par Trump, et qui a offert aux États-Unis la statue de la liberté, était lors de la guerre d’indépendance un État esclavagiste, comme nous le savons bien ici aux Antilles.

Après l’indépendance, c’est sur l’exploitation féroce de sa propre classe ouvrière que la bourgeoisie américaine a bâti sa fortune, jusqu’à devenir la première puissance impérialiste que nous connaissons aujourd’hui.

Le même Trump qui veut fêter en grande pompe le 250ème anniversaire, fait tout son possible avec son entourage de suprémacistes blancs, pour effacer de l’histoire américaine la lutte des Noirs et des peuples autochtones, ainsi que toutes les autres luttes, comme celle des femmes. Il qualifie toutes ces luttes d’idéologie « woke ».

Cette commémoration, au moment où les États-Unis indépendants étouffent sous leur joug tous les pays qui s’opposent à leur domination, n’est pas la fête des opprimés en Amérique même et à travers le monde. Le renversement de ce régime impérialiste, qui permettra une réelle libération pour tous, dépend en grande partie du prolétariat américain qui est au cœur même de ce monstrueux système.