CO N°1373 (20 juin 2026) – Kanaky/Nouvelle-Calédonie – L’État colonial désavoué par sa justice

Deux ans après les émeutes qui avaient éclaté le 13 mai 2024 en Nouvelle-Calédonie, les juges d’instruction parisiens ont ordonné un non-lieu général pour les militants indépendantistes Kanaks.

C’est donc un désaveu pour l’État colonial français, qui avait cherché à criminaliser les dirigeants du FNLKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) en les accusant d’être les « commanditaires » d’actions armées contre les forces de l’ordre.

Rappelons que des barrages avaient été mis en place par des militants et des jeunes kanaks pour protester contre la volonté de l’État français de modifier le corps électoral en permettant à tous les résidents, même arrivés récemment sur le territoire, d’avoir le droit de vote. Cette violation des accords de Nouméa signés sous Michel Rocard, qui devaient garantir à terme une possibilité de décolonisation, était poussée par les députés macronistes caldoches Sonia Backès et Nicolas Metzdorf, sortes de « pieds-noirs » jusqu’au-boutis-tes. À l’époque, Darmanin était à la fois ministre de l’Intérieur et des Outre-mer.

Les barrages mis en place ont déclenché la colère d’un certain nombre de résidents blancs qui ont organisé des groupes armés « d’autodéfense ». Les jeunes et les militants kanaks ont résisté, et les « forces de l’ordre » ont attaqué les barrages.

Macron et Gabriel Attal ont décrété l’état d’urgence et fait intervenir l’armée. Au total, il y a eu 14 morts, dont une grande majorité de Kanaks, et 2 gendarmes. 3 000 personnes furent arrêtées.

On a alors voulu rejeter toutes les responsabilités sur les dirigeants du FNLKS, accusés d’avoir organisé des émeutes. De nombreux militants ont été emprisonnés sur place dans des conditions indignes et plusieurs dirigeants, dont Christian Tein, ont été envoyés en prison en France, à 17 000 kms de chez eux, soumis à l’isolement.

Finalement l’enquête des juges d’instruction parisiens qui ont examiné tous les échanges par écrit et par mail, et les écoutes téléphoniques, a démontré que toutes les accusations étaient totalement infondées. Ces militants ont donc passé plus d’un an en prison, loin de leurs proches, sans aucune raison valable.

Alors oui, on peut se réjouir de cette décision. Mais le mal est fait, et toute cette affaire démontre que le colonialisme français est toujours bien vivace dans ses derniers territoires, fût-ce au prix de fausses accusations, et de meurtres si nécessaire. D’ailleurs Lecornu a annoncé que le corps électoral serait élargi pour les prochaines élections provinciales. Alors, même si la Kanaky figure sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser, la France coloniale n’est pas disposée à abandonner le nickel et la position stratégique que constitue la Nouvelle-Calédonie.