CO N°1370 (25 avril 2026) – Haïti – Manifestations de colère des travailleurs

Pendant trois jours les ouvriers travaillant dans le textile ont manifesté dans la zone industrielle de Port-au-Prince et dans la zone franche de Ouanaminthe.

À Port-au-Prince, à l’appel des syndicats du textile, plusieurs milliers de travailleurs ont manifesté du 13 au 16 avril, sur la route menant au parc industriel SONAPI. Dans les entreprises ils ont débrayé pour rejoindre le cortège. Les ouvrières et ouvriers réclament une revalorisation du salaire minimum. Parmi les témoignages : « Je suis payée le vendredi, et dès le samedi, je dois déjà emprunter de l’argent». « Quand on a faim, on ne plaisante pas ! » ont scandé les manifestants, ils ont crié leur colère.

Depuis le 2 avril, prenant prétexte de la guerre en Iran, le gouvernement haïtien a décrété une hausse de 37 % du prix du diesel et de 29 % du prix de l’essence. Un gallon (4 litres) d’essence coûte maintenant 850 gourdes haïtiennes (5,6€) alors que le salaire ouvrier n’est que 685 gourdes (4,5€) par jour. Ce salaire minimum journalier a été fixé par le gouvernement à 685 gour-des en 2022 après les mobilisations des travailleurs, et il n’y a pas eu d’augmentation depuis.

Les patrons des entreprises qui ont rouvert après des accords avec les gangs ont intensifié l’exploitation des ouvriers avec des cadences augmentées pour réaliser les commandes qu’ils reçoivent des USA. La flambée des prix des transports a entraîné une augmentation des prix des produits alimentaires. Les travailleurs ne peuvent plus acheter des produits de première nécessité et réduisent encore leurs repas.

Les ouvriers réclament une augmentation du salaire minimum journalier à 3 000 gourdes (20€) ainsi qu’une réduction immédiate du coût du carburant. Le secteur des transports s’est joint au mouvement. Les chauffeurs de motocyclettes, voitures et bus, réclament eux aussi la baisse du carburant et des subventions.

Durant le week-end, le gouvernement n’a pas réagi, les gangs ont attaqué un quartier proche de la zone industrielle et de l’aéroport provoquant une interruption d’un vol le 20 avril.

Les syndicats ont appelé à une nouvelle manifestation ce lundi 20 avril et malgré la pression des gangs, quelques centaines d’ouvriers étaient de nouveau dans la rue sur un parcours restreint et sous l’œil de la police. Les ouvriers ne baissent toujours pas les bras.

Lors de la mobilisation de 2022, les ouvriers d’autres secteurs comme la sécurité, les dépôts, les supermarchés, dont les salaires sont inférieurs à ceux du textile, avaient manifesté et obtenu une revalorisation.

La force des travailleurs vient toujours de leur association dans les luttes, ils n’ont jamais reçu d’aide d’aucun gouvernement, ce qu’ils ont obtenu ils l’ont arraché. Dans leur lutte contre l’oppression des patrons, les ouvriers du textile montrent la voie pour vaincre l’oppression des capitalistes et des gangs.